L'Hericium erinaceus (barbe de lion) est à la fois un champignon comestible, un champignon médicinal utilisé depuis longtemps et un « aliment fonctionnel » moderne, bénéficiant d'un discours marketing très présent autour du cerveau, du système nerveux et de l'humeur.
D'un point de vue scientifique, ce domaine est passionnant, mais hétérogène : il existe des mécanismes biochimiquement plausibles et de nombreux travaux précliniques (sur des cellules ou des animaux), tandis que les données chez l'homme (essais cliniques randomisés, critères d'évaluation solides, échantillons de taille suffisante) sont encore relativement rares et, pour certaines, mitigées. C'est précisément cette tension que les 10 études/revues suivantes illustrent très bien.
Menon et al. (2025) est une revue systématique publiée dans Frontiers in Nutrition (« Benefits, side effects, and uses… »). Elle rassemble des études chez l'homme (notamment des ECR), des études pilotes ainsi que des modèles de laboratoire/informatiques, et examine les domaines d'application (cognition, humeur, microbiote intestinal, inflammation/stress oxydatif, en partie lignées cellulaires cancéreuses) ainsi que les effets secondaires (rares, généralement légers ; un cas isolé grave est toutefois également évoqué). Important : elle montre également que le nombre d'études chez l'humain est limité et que leurs protocoles sont très variés. Source
Évaluation : très utile en tant que « boussole de l'évidence », mais comme c'est souvent le cas avec les revues systématiques, la pertinence dépend fortement de la qualité des études incluses – et celle-ci n'atteint pas encore, dans l'ensemble, le niveau des traitements établis pour l'Hericium.
L'étude de Surendran et al. (2025) est une étude croisée en double aveugle, randomisée et contrôlée par placebo portant sur la prise aiguë d'un extrait standardisé de corps fructifère; elle évalue les effets à court terme sur les fonctions cognitives et l'humeur. Résultat : aucune amélioration claire des mesures composites globales, mais des signaux spécifiques à certains domaines (par exemple, pegboard/dextérité manuelle) et des effets en partie contradictoires pour certaines tâches. Ces résultats sont scientifiquement précieux, car ils tempèrent les attentes quant à des effets cognitifs « immédiats » et affinent la réflexion sur le dosage, le moment d'administration (concentration maximale) et la population cible. Source
Cet article souligne également que les profils bioactifs diffèrent entre les fructifications et le mycélium (hericénones vs érinacines) et que des aspects réglementaires et liés à la production entrent également en ligne de compte. Source
L'étude de Lai et al. (2013) constitue une excellente référence sur le thème « NGF/poussée des neurites in vitro » en 2013 : Cette étude démontre les effets neurotrophiques d'un extrait aqueux (non toxique dans les lignées cellulaires testées), favorise la croissance des neurites dans les cellules NG108-15, notamment en interaction avec du NGF exogène – mais ne montre pas, dans ce contexte, de neuroprotection robuste contre le stress oxydatif dans les conditions choisies. Source
Évaluation : plausible sur le plan mécanistique (« coup de pouce » neurotrophique), mais l'in vitro reste l'in vitro : les questions relatives à la dose et à la biodisponibilité, ainsi que la complexité du système (système immunitaire, barrière hémato-encéphalique, métabolisme) ne sont pas prises en compte.
L'ouvrage de Friedman (2015) est une référence incontournable, très souvent citée, sur la chimie, les profils nutritionnels et les substances bioactives de l'Hericium (polysaccharides/β-glucanes, hericénones, érinacines, etc.). Il s'agit d'une référence importante pour établir une distinction claire : quelles sont les classes de substances existantes, lesquelles se trouvent plutôt dans le corps fructifère, lesquelles plutôt dans le mycélium, et comment cela s'accorde-t-il avec les effets allégués (anti-inflammatoires, antioxydants, immunomodulateurs, neuroprotecteurs, etc.) ? Source
Évaluation : très bonnes bases biochimiques, mais il s'agit d'une revue de la littérature – donc pas d'essai clinique direct chez l'homme.
« Frontiers Review (2025) » : l'article de Spangenberg et al. (2025) publié dans Frontiers in Pharmacology est une revue systématique consacrée aux érinacines (diterpénoïdes cyathaniques issus du mycélium) et à leurs effets neurobiologiques dans des modèles précliniques. Elle porte notamment sur les réponses antioxydantes (y compris Nrf2), les effets anti-inflammatoires, la neurogenèse/survie cellulaire et les paramètres comportementaux dans des modèles animaux. Source
Évaluation : excellent pour la compréhension des mécanismes, mais : une approche préclinique ne remplace pas les essais cliniques randomisés chez l'homme. De plus, un « produit à base de mycélium riche en érinacine » n'est pas automatiquement équivalent à un « produit à base de fructifications » – ce point est pertinent pour la communication destinée aux consommateurs et la réglementation.
Huang et al. (2021) dans Scientific Reports montrent que les extraits de mycélium et certaines substances bioactives (notamment les composants associés à l'érinacine) peuvent, dans des cultures cellulaires et des systèmes ex vivo, favoriser la maturation des oligodendrocytes et augmenter l'expression de marqueurs tels que la MBP (protéine basique de la myéline) ; de plus, des données in vivo chez des rats nouveau-nés sont rapportées. Cela est intéressant d'un point de vue mécanistique, car cela relie l'Hericium non seulement aux neurones (NGF/pousse des neurites), mais aussi à la glie/myéline. Source
Avis : Très intéressant pour les hypothèses relatives au développement neurologique et à la remyélinisation, mais encore loin de toute application clinique (par exemple, la sclérose en plaques ou autres). De plus : modèle animal/phase de développement ≠ pathologie humaine chez l'adulte.
Dans un article publié dans BMC Complementary Medicine and Therapies, Lew et al. (2020) étudient des cellules PC-12 soumises à un stress induit par une forte dose de corticostérone (utilisé comme modèle pour les composantes du stress oxydatif évoquées dans le contexte de la dépression). Un extrait aqueux standardisé améliore la viabilité cellulaire, l'activité des enzymes antioxydantes et les paramètres mitochondriaux, tout en réduisant les ROS et l'apoptose. Source
Conclusion : un mécanisme solide pour la protection antioxydante et mitochondriale – mais cela ne garantit pas automatiquement l'efficacité d'un traitement antidépresseur chez l'être humain.
Chong et al. (2020) rapportent dans Scientific Reports (« Ataxie cérébelleuse induite par la 3-acétylpyridine chez le rat ») que l'extrait d'Hericium peut partiellement « compenser » les déficits moteurs et associent ce phénomène à des voies de signalisation/marqueurs tels que ERK–CREB–PSD95 ainsi qu'à d'autres paramètres liés à la neuroplasticité et au BDNF. Source
Évaluation : impressionnant au stade préclinique, mais spécifique à un modèle pathologique. Cela ne peut pas s'appliquer tel quel à la « cognition saine » ou au « stress quotidien ».
Khan et al. (2013) est une revue ancienne et exhaustive (« un champignon comestible aux vertus médicinales ») qui aborde les aspects antimicrobiens, immunomodulateurs, antioxydants, antitumoraux et neurologiques, en mettant l'accent sur les β-glucanes et d'autres composants. Source
Évaluation : important d'un point de vue historique en tant qu'étape de consolidation – mais naturellement plus ancien, reflétant l'état des connaissances de l'époque et présentant moins de distinctions qu'aujourd'hui (par exemple, le renforcement des faisceaux d'érinacine et de myéline est intervenu plus tard).
Chinese Medicine (2021) : « Activité de type antidépresseur dépendante de la neurogenèse… » Cette étude utilise un modèle de stress chronique (CRS) chez la souris, teste des extraits d’Hericium et examine, entre autres, les voies BDNF–TrkB–CREB ainsi que les marqueurs de neurogenèse et les paramètres comportementaux. Cela corrobore l'hypothèse selon laquelle l'Hericium peut non seulement agir comme « antioxydant », mais aussi générer des signaux de type antidépresseur via des axes neurotrophiques/neurogènes – du moins dans ce modèle animal. Source
Évaluation : solide sur le plan mécanistique, mais limitée sur le plan translationnel (modèle animal, dose/administration, critères d'évaluation). Les conclusions cliniques doivent être étayées par des études chez l'homme.
En lisant ces dix travaux dans leur ensemble, on distingue trois grands groupes de mécanismes :
(A) Neurotrophines et plasticité (NGF/BDNF, voies de signalisation Trk, CREB/ERK/PSD95) : in vitro, la néuritogenèse associée au NGF est favorisée (par exemple, Lai 2013) Source. Dans les modèles animaux, le BDNF/CREB/PSD95 et les marqueurs liés à la plasticité apparaissent régulièrement (modèle d'ataxie 2020 ; modèle de dépression 2021) Source Source. Cela est biologiquement plausible, car les neurotrophines jouent un rôle dans l'apprentissage, la résilience au stress et la réparation neuronale.
(B) Antioxydant/anti-inflammatoire (ROS, mitochondries, Nrf2, etc.) : des modèles cellulaires montrent une protection contre le stress oxydatif et une stabilisation mitochondriale (Lew 2020) Source. La revue PRISMA sur l'érinacine aborde les signaux antioxydants et pro-survie et les classe de manière systématique Source. Cela correspond à un mécanisme plausible de « bruit de fond » : moins de stress/inflammation → meilleure fonction neuronale.
© Glie/myéline (maturation des oligodendrocytes) : L'article publié en 2021 dans Scientific Reports ouvre une nouvelle perspective : si la maturation de la myéline et de la glie pouvait être influencée, cela aurait une importance théorique pour le développement, l'apprentissage et, éventuellement, les questions liées à la remyélinisation – mais le lien clinique est encore très ténu à ce stade. Source
Voici le point essentiel : il existe des études menées sur des humains, mais elles ne sont pas (encore) suffisamment cohérentes et à grande échelle pour permettre d'affirmer une « efficacité thérapeutique » au sens médical du terme.
Concrètement, cela signifie que l'Hericium est un domaine de recherche « prometteur », mais que les données disponibles sont encore « en cours d'élaboration » plutôt que « cliniquement établies ».
Plusieurs sources établissent une distinction (implicite ou explicite) entre :
Cette distinction est importante car les produits destinés à la consommation varient considérablement (poudre, extrait, « 10:1 », double extrait, mycélium sur céréales, etc.). Surendran et al. abordent explicitement ces différences dans le cadre des profils d'extraits et du choix des produits dans la conception de l'étude. Source Friedman (2015) fournit à cet égard les bases chimiques (quelles classes de substances sont les plus courantes dans quels cas). Source
On peut sérieusement en déduire, à partir de ces 10 travaux :
Fondation Mycoverse
Marktgass 11
9490 Vaduz
Principauté du Liechtenstein
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